vendredi 22 mars 2013

Qu'est-ce qu'une petite terreur?

Par Philippe Girard – directeur artistique de la troupe Les Petites Terreurs.
Qu'est-ce qu'une petite terreur?
Dans chacun de nous, dans notre ventre, sous notre gorge, entre nos mains, il y a un couteau à double tranchant.
Dans le ventre, d'un côté la volonté d'aller sur scène, de l'autre les retours en arrière.
Sous la gorge, d'un côté pour le besoin de jouer, de l'autre la peur de l'échec.
Entre les mains, d'un côté s'amuser, de l'autre douter et se questionner.
Ce couteau dans le ventre, sous la gorge, entre les mains, qu'importe, nous l'avons tous. Cela s'impose, ça s'affirme en nous, comme une seconde nature, comme un second rôle. Ça reste là, en nous.

Et parce que c'est là, si affirmé en nous, on ne peut pas le nier.
Alors aussi bien lui donner un nom.

Celui de petite terreur.
La peur quotidienne qui nous accompagne dans notre travail de création, au quotidien, qui apparaît à chaque décision, dans certains mots. Et parce que c'est là, si affirmé, aussi bien jouer avec.
Jouer, couteau dans le ventre, sous la gorge, entre les mains.
Ça reste un jeu dangereux.
Jouer, pour bouger, pour ne pas rester immobile.
Pour ne pas se laisser envahir par la peur.
Pour ne pas se laisser toucher par le couteau.
Jouer et dire voilà, voilà, je suis là, le couteau dans les mains, sous la gorge, mais le cœur au ventre.

C'est ça, les petites terreurs. S'affranchir de ces peurs, les dire et aller vers les autres. Favoriser, par ses faiblesses, la force de l'autre. Et des failles de l'autre, se mettre à jour. Aller de l'avant, faire front commun, prendre de l'assurance dans le partage et la communication et favoriser la croissance de tous, au détriment d'une peur individuelle.

Être des petites terreurs, c'est devenir complices dans la peur.

Voici officiellement ce que nous sommes. Les Petites Terreurs. En relisant ceci, un parallèle s'impose en moi.

Cette définition de ce qu'est « monter sur une scène et jouer », c'est la même que s'accepter et vivre avec sa différence. D'un côté, le besoin de vivre comme l'on est, de ne pas avoir à se cacher. Et puis, de l'autre, douter des autres, de soi, de la société, et avoir peur. Bêtement, peur. Du rejet, de la solitude, du changement, même. La peur que tout ne restera pas comme avant à cause de ce « secret » que plusieurs entretiennent si longtemps, si malsainement.

Je parle ici en mon nom, et non en celui de la troupe, mais avant de savoir jouer et d'aimer jouer... Avant de réussir à faire ressentir à un public une émotion qui n'est pas la nôtre mais que l'on tente d'incarner... Il faut d'abord savoir s'affirmer soi-même, et savoir transmettre nos propres émotions avant tout. Si on ne se connait pas, qu'on ne s'accepte pas, qu'on ne se comprend pas, comment peut-on prétendre comprendre quelqu'un que nous ne sommes pas?

Je lève mon chapeau à toutes les personnes qui seront présentes sur ces scènes dans la prochaine semaine, et vous admire. J'y serai de même, mais les tranchants du couteau dans mon ventre, sous ma gorge, entre mes mains, seront bien aiguisés.

C'est avec un immense plaisir que nous nous portons bénévoles pour le G.G.U.L. pour une deuxième fois en cette année 2013, et de participer aux spectacles bénéfices de celui-ci. Nous ne sommes pas des révolutionnaires, nous ne sommes pas des militants, mais nous nous servons de ce que nous savons faire – à défaut de ne pas savoir crier et s'indigner – pour soutenir les causes qui nous tiennent à coeur, et de les appuyer du mieux que nous le pouvons.



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