vendredi 23 mars 2012

Témoignage d'une fille transsexuelle

La photographe et artiste de performance trans américaine Zackary Drucker a posé, dernièrement, pour un hommage au designer Martin Margiela, publié dans un magazine. Sur la photo, on peut voir Drucker debout, ses cheveux blonds en boucles fatales tombant sur son épaule, portant un haut déstructuré de Margiela qui laisse voir un sein.

Elle ne porte pas de pantalons ni de jupe.

Qu'une petite culotte qui laisse voir la forme de son sexe d'origine, qu'elle ne compte pas effacer, d'ailleurs. C'est commun que les femmes trans non opérées utilisent la technique du "tucking", c'est-à-dire camoufler le sexe en le poussant vers l'arrière pour donner l'impression d'une surface lisse et non masculine.

Cette photo, superbe soit dit en passant, me laisse avec cette question: Est-ce que le sexe des trans devrait être tabou à ce point? Est-ce que l'idée que notre sexe puisse être visible d'une façon ou d'une autre devrait être perçue comme vile et, j'ose le dire, dégoûtante et déplacée?

À chacune de mes sorties publiques, je ne montre rien (pas une surprise me direz-vous). Rien n'est visible de mon origine biologique, aucune bosse suspecte à travers mes vêtements, mais dans l'intimité, je suis ce que je suis, c'est-à-dire une fille transsexuelle.

Il n'y a pas d'issue à ça.

Si nous sommes ensemble et nus dans une pièce, ma féminité sera présente mais aussi, surtout pour certains, l'étrangeté de mon sexe. Il n'y a pas de mur, pas de bouclier que je puisse utiliser pour cacher ce fait, contrairement au moment où je suis en interaction avec des gens dans un contexte social "habillé".

Sincèrement, je suis plutôt sereine avec cette idée. Je suis à l’aise avec mon identité féminine mais aussi avec le fait que mon corps soit "queer" jusqu'à un certain point. Je veux que ce corps soit désiré pour ce qu’il est. Ce corps est un corps de femme transsexuelle. Ce corps est un corps différent. Ce corps est mon corps. Ce corps est un corps de femme. J'ai souvent déploré le fait que les hommes qui aimaient l'idée d'avoir une relation sexuelle avec une femme trans pensent surtout à l'image que l'industrie de la pornographie en donne, soit celle des "shemales". Mais, en même temps, je suis aussi une "créature" sexuée et sexuelle qui éprouve des désirs. Je ne suis pas asexuée. J'existe dans la chair. Je ne me considère pas comme une "shemale" mais mon corps, aux yeux de certains, est bien celui d'une "shemale", celui d'une fille à bite, et il peut être l'objet de désirs et de pulsions et je suis de plus en plus à l'aise avec cette idée.

Socialement je suis une fille, il n'y a pas de doute sur ce fait, pour personne ou presque, mais dans l'intimité je dois admettre que mon corps est différent et inspire des désirs différents. Je suis aussi épuisée de vivre dans une supposée crainte face aux hommes. Non, ce n’est pas tous les hommes qui sont intéressés par l'idée de côtoyer une fille comme moi dans l'intimité mais, étonnamment, il y en a beaucoup d'autres qui aiment l'idée, et ça me fait du bien. L'idée de pouvoir me laisser aller avec un homme, de m'abandonner au désir et au plaisir est plus que plaisante, surtout en sachant que la violence ou la peur ne sont pas au programme.

Je ne pourrais jamais plus avoir une relation avec un homme sans qu'il ne soit au courant de ma situation personnelle. Dire ce que je suis, c’est aussi dire oui à la liberté et à la beauté des choses de l'intime. Je ne suis pas un secret. Je ne vais pas mourir par amour, parce que je suis la fille que je suis.

Pascale Bérubé

1 commentaires:

Anonyme a dit...

Salut Pascale , j'ai beaucoup aimé ce que tu vient d'écrire si tu veut jasé jte laisse mon email
aka3003@hotmail.com
alex

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