vendredi 23 mars 2012

Présence de l'intersexualité au sein des luttes LGBTTIQ

Invitée par la présidente du GGUL à m'adresser à vous par l'intermédiaire de votre blogue, je me suis demandée de quoi vais-je vous entretenir? Comme le format du blogue tolère une plus grande liberté d'expression disons que les textes scientifiques auxquels je suis habituée, voilà que l'envie m'a pris de me laisser aller à vous communiquer des réflexions et des préoccupations personnelles. Je me trompe peut-être n'ayant pas grandi avec ce genre de moyens de communication, mais il semble que c'est à cela que servent les blogues.


Je commence donc par vous expliquer comment j'en suis venue à m'intéresser à un phénomène qui semblait a priori très loin de ma réalité. Le hasard, une simple erreur dans l'annonce d'une conférence et tout a basculé. Ce hasard, qui fait si bien les choses dit-on, a réorienté à la fois mes études, mais aussi toute ma conception personnelle des sexes et de la sexualité.

Retour vers 2005, militante féministe aguerrie, je me prépare à m'offrir pour le début de ma quarantaine des études de maîtrise en anthropologie. Je m'intéresse bien sûr aux rôles sociaux de sexe en me disant qu'il y aurait sûrement de très intéressantes choses à découvrir dans les expériences de vie des personnes transsexuelles puisqu'elles ont participé à la fois comme homme et comme femme dans la même société à la même époque. C'est de cette façon qu'en participant à une conférence annoncée sur le sujet de la transsexualité, je me retrouve dans une conférence sur l'intersexualité, phénomène dont j'ignorais absolument l'existence jusqu'à ce jour.

Et voilà, je suis subjuguée par les propos de Curtis Hinkle, président de l'Organisation Internationale des intersexué·e·s (OII). Pendant ma scolarité de maîtrise, je reste en lien avec lui et grâce à nos discussions, je prends progressivement conscience que l'hétérosexisme est à la fois à la base de mon oppression personnelle comme femme et également de l'oppression des personnes intersexuées. Au fur et à mesure que ma recherche se développe, je me rends compte des liens entre les luttes intersexes, féministes, gaies et lesbiennes et transsexuelles et de l'importance d'une grande solidarité entre les groupes et de la prise de conscience des bases de notre oppression commune qui est à la base de cette solidarité.

Or, l'idéologie dominante hétérosexiste nous empêche de nous allier dans nos luttes en perpétuant ses modèles et en agissant comme un facteur de division entre ces différentes luttes. C'est ainsi que des féministes rejettent les femmes transsexuelles en les excluant de leurs groupes, que les femmes transsexuelles rejettent les femmes intersexes en les caractérisant comme n'étant pas des « vraies femmes », ou que des homosexuel-les rejettent les personnes aux genres « marginaux ». De nombreuses raisons dans le vécu de ces communautés peuvent expliquer ces réactions de rejet, mais elles occultent le fait que ces groupes sont opprimés sur les mêmes exigences de conformité aux modèles dominants de genres et de sexualités. L'intersexualité nous permet de questionner la construction sociale et biomédicale des sexes et des sexualités dans notre société et de déstabiliser les modèles dominants qui causent tant de souffrance injuste pour les personnes ayant des corps et des expériences de vie différents de la majorité.

Ayant récemment terminé mon mémoire, L'intersexualité : des sexes en questions dans les sociétés occidentales, je suis très heureuse de m'associer avec Janik Bastien-Charlebois, professeure-chercheure ayant connu le processus d'intersexuation et s'intéressant aux questions d'intersexualité pour vous présenter l'atelier d'aujourd'hui intitulé Appel à la solidarité avec les personnes intersexuées : une brève introduction à leurs réalités.

Je termine en vous faisant part de quelques sources d'information sur l'intersexualité.

Sites internet :
www.intersexualite.org
www.isna.org

Livres et revues scientifiques :
Holmes, M., 2008, Intersex : A perilous difference. Selingrove, Susquehanna University Press
Kraus, C., Perrin, C., Rey, S., Gosselin, L. et V. Guillot, 2008, « Démédicaliser les corps, politiser les identités : convergences des luttes féministes et intersexes », Nouvelles Questions Féministes, 27, 1.
Picquart, J., 2009, Ni homme, ni femme, enquête sur l'intersexuation. Paris, La Musardine.

Romans :
CHÂTELET, N., 2002, La tête en bas. Paris, Le Seuil.
EUGENIDES, J., 2003, Middlesex. Paris, Éditions de l’Olivier/Le Seuil.
MARIN, M., 1987, Le saut de l'ange. Paris, Fixot/J'ai Lu. (1987)

Lucie Gosselin

2 commentaires:

Anonyme a dit...

A quoi correspond l'acronyme LGBTTIQ?

GGUL a dit...

Lesbienne, gai, bisexuel(le), transgenre, transsexuel(le), intersexué(e) et queer. On ajoute parfois un autre "B" pour bispirituel(le), et d'autres lettres selon les versions.

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