jeudi 29 mars 2012

Portrait d'un pionnier: Pierre Berthelot, artiste du travail social

par Olivier Poulin

Il a vu naître et grandir le Groupe régional d'intervention sociale (GRIS) de Québec. Rencontre avec Pierre Berthelot, un travailleur social qui guide le milieu communautaire GLBT de Québec depuis de nombreuses années.

SORTIE : Quel parcours vous a amené à travailler dans le réseau de la santé et des services sociaux?

Pierre Berthelot : Je me suis inscrit au baccalauréat en psychoéducation à l'Université de Sherbrooke, puis j’ai étudié en interprétation au Conservatoire d'art dramatique de Québec. J'ai ensuite fait une maîtrise en service social à l'Université Laval.

S : Lors de votre formation, avez-vous entendu parler de diversité sexuelle?

PB : On m'a enseigné que l'homosexualité était une pathologie! J'ai passé mon bac avec le sentiment d'être un homosexuel imposteur qui veut aider les gens à régler leurs problèmes alors que j’en avais un gros moi-même. Je vivais dans l'anxiété d'être démasqué. À la maîtrise, les choses ont changé.

S : Vous vous êtes intéressé à l'homosexualité durant votre maîtrise?

PB : Oui. J'ai développé une approche de groupe pour le développement personnel des hommes gais. J'étais très isolé, car les ressources et les recherches sur l’homosexualité étaient rares. C'est finalement avec le Groupe gai de l'Université Laval que j’ai monté mon groupe de soutien en 1986.

S : Avez-vous l'impression que la formation sociale d'aujourd'hui aborde davantage les questions GLBT?

PB : Un peu. Le professeur Michel Dorais donne un cours de 2e cycle complet sur la diversité sexuelle en service social à l'Université Laval. Malheureusement, le cours n'est pas obligatoire ni donné à chaque année ni offert au premier cycle. Les futurs docteurs en médecine sociale et préventive entendent parler des réalités GLBT, car je leur fais une conférence à chaque année. Sinon, les facultés prétendent que la diversité sexuelle est intégrée partout, mais un cours spécifique serait justifié. L'incompréhension amène encore des milliers de jeunes à vivre des difficultés par rapport à leur orientation sexuelle et cette situation affecte leurs famille, proches et ami(e)s. Ça fait beaucoup de monde.

S : Quels rôles avez-vous joué dans la lutte contre le sida?

PB : J'ai été membre fondateur du MIELS-Québec et j'ai formé les premiers bénévoles. J'ai ensuite collaboré à la création de la Maison Marc-Simon où j'ai accompagné des personnes séropositives en fin de vie. J'ai également été consultant-formateur sur le sida en Afrique et en Océanie en plus de donner des conférences sur le volet psychosocial de l'épidémie à San Francisco, Paris et Amsterdam. J'ai même créé le personnage de la Sexo-soeur, une religieuse qui monologuait avec humour sur la prévention du sida.

S : Comment votre engagement auprès des séropositifs vous a-t-il mené vers les services aux personnes GLBT?

PB : Le sida a révélé les réalités des hommes gais. La communauté a été particulièrement touchée par le VIH, mais des études ont montré une corrélation entre les prises de risque et l'isolement et le manque d'estime de soi, deux conséquences de l'homophobie. Favoriser le bien-être des personnes GLBT est donc devenu une priorité pour la santé publique. Avec l'étude Mort ou fif de Michel Dorais en 2000, la prévention du suicide chez les jeunes GLBT est également devenue un enjeu important.

S : Quel support avez-vous apporté au GRIS-Québec?

PB : Mon rôle a été celui de conseiller. J'ai aidé à former des bénévoles, à élaborer des politiques et à sélectionner du personnel. J'ai aussi poussé pour que les autorités de la santé et des services sociaux accordent un financement public à l'organisme. J'ai toujours cru en la mission du GRIS-Québec. La sensibilisation par des témoignages personnels a un bien meilleur impact qu’un cours théorique. Au début, je doutais de l'accueil qu'allaient réserver les écoles aux bénévoles démystificateurs, mais la réponse a été positive.

S : Qu'est-ce qui a changé par rapport à l'homosexualité?

PB : Le réseau est passé d'une occultation de l'homosexualité à une reconnaissance des besoins des personnes GLBT. Globalement, la société est passée de l'aversion à la sympathie en passant par l'ignorance puis la tolérance. Il n'y a pas si longtemps, les homosexuels étaient des malades mentaux, des criminels et des pécheurs mortels! Quand j'étais adolescent, les références gaies, c'était Christian Lalancette dans Chez Denise et Paolo Noël chantant « Flouche Flouche », deux personnages hyper efféminés. De nos jours, les modèles sont plus nuancés. Je pense aussi que le combat pour l’égalité est passé d'un mouvement de militants dénonçant les injustices dont ils étaient victimes à une coalition de personnes GLBT et d'allié(e)s, qui n'ont plus peur de dire non à l’homophobie.

S : Quelle est votre plus grande fierté?

PB : Je suis content d'avoir réussi à trouver un terrain où je peux mettre au service des autres mes forces en théâtre et en intervention. Je me sens privilégié de pouvoir faire jouer sur la même patinoire l'artiste, le gai et le travailleur social.

S : Vous adorez Diane Dufresne. Pourquoi?

PB : Parce qu'elle est aussi folle que moi! (rires) Sérieusement, elle a été une inspiration pour moi. À une époque où je me découvrais différent, elle m'a appris à valoriser ma propre originalité, à suivre ma voie malgré ce que les autres pensent. Je ne manquerai pas le concert bénéfice auquel elle a exceptionnellement accepté de participer le 29 mars au Palais Montcalm.

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