vendredi 23 mars 2012

Mieux comprendre la transsexualité: Quelques réponses à vos questions

Quelques définitions
Commençons, d’abord, par clarifier certaines définitions. Bien qu’il n’existe pas un consensus absolu au sein de la littérature, la plupart des auteurs s’entendent pour distinguer les trois termes suivants : expression de genre, transgenre et transsexuel(le). L’expression de genre se définit comme « la manière dont une personne perçoit son identité de genre et l’exprime socialement, à travers, notamment, les codes vestimentaires, les codes langagiers et autres attributs liés aux genres. » (Chamberland et al., 2011). Cela dit, une personne peut avoir une expression de genre un peu atypique, en étant un homme très féminin ou une femme très masculine, sans pour autant s’identifier comme transgenre ou transsexuel(le).

Les notions de transgenre et transsexuel(le), bien qu’elles ne représentent pas du tout la même réalité, sont très souvent confondues. Une personne transgenre est soit « 1) une personne vivant socialement dans le genre qui ne lui a pas été attribué à la naissance, mais qui ne désire pas effectuer de modifications corporelles comme les personnes transsexuelles ; 2) une personne s’identifiant comme étant ni homme ni femme ; 3) une personne s’identifiant comme étant à la fois homme et femme, ou encore parfois l’un, parfois l’autre. » (Chamberland et al., 2011). Quant à elle, la personne qui se définit comme transsexuelle « souhaite apporter des modifications à son corps sexué à l’aide de traitements hormonaux et chirurgicaux, afin de vivre dans un sexe/genre qui ne lui a pas été attribué à la naissance. » (Chamberland et al., 2011).

Enfin, il est important de noter que l’orientation sexuelle ne change pas durant le processus de transition. L’orientation sexuelle est définie comme l’attirance d’une personne vers un autre sexe/genre. Ainsi, un homme attiré vers les femmes (donc qui est socialement reconnu comme étant « homme hétérosexuel »), qui complète un processus de transition, afin de vivre dans un sexe/genre d’une femme, sera toujours attiré vers les femmes après cette transition (il sera alors socialement reconnu comme « femme lesbienne »).

La transsexualité : les règles associées à l’utilisation des pronoms
Une fois les termes bien définis, essayons maintenant de mieux comprendre cette réalité qu’est la transsexualité. D’abord, il existe deux cas de figures possibles, soit un homme qui fait une transition afin d’adopter le sexe/genre féminin (aussi nommé MTF, pour « male-to-female ») ou une femme qui fait une transition afin d’adopter le sexe/genre masculin (FTM, pour « female-to-male »). Bien qu’il n’existe pas de consensus sur le nombre exact de personnes transsexuelles, ce nombre varierait entre 1/10 000 et 1/6 000 pour les MTF (homme vers femme) et entre 1/18 000 et 1/30 000 pour les FTM (femme vers homme).

La question qui se pose souvent est la suivante : Quel pronom dois-je utiliser afin de parler d’une personne qui fait (ou qui a déjà fait) sa transition? Règle générale, on réfère toujours au sexe/genre désiré, et ce, même lorsque l’on parle de la personne avant qu’elle ait fait sa transition. Cette règle s’applique également pour le nom. Concrètement, vous voulez parler d’une femme, qui s’appelle Marie à la naissance, qui est en transition afin d’adopter le sexe/genre masculin, et qui désire changer son nom pour Mathieu. Il faudra alors parler d’un transsexuel, utiliser des pronoms masculins, ainsi que le nom choisi, soit Mathieu. Notons, cependant, que cette règle n’est pas universelle et que la meilleure façon de s’assurer de respecter l’identité d’une personne en transition (ou ayant déjà fait sa transition) est de lui poser la question directement, quant à sa préférence concernant les pronoms et le nom à utiliser. Il est également important de comprendre le type de malaises que peuvent vivre les personnes qui désirent faire une transition. Une meilleure compréhension de ces malaises aide à adopter une attitude d’ouverture non jugementale face à la réalité transsexuelle.

La transsexualité : les manifestations
Ainsi, une personne désirant faire une transition s’identifie de façon intense et persistante à l'autre sexe (cette identification ne concerne pas exclusivement le désir d'obtenir les bénéfices culturels dévolus à l'autre sexe).

Chez les hommes désirant adopter le sexe/genre féminin, cette identification peut se manifester par : une préférence pour les vêtements/rôles sociaux féminins, un désir d’être traitée ou reconnue comme une femme, un désir de se débarrasser des caractéristiques sexuelles masculines (épilation de la barbe, cacher les testicules et le pénis, porter des prothèses mammaires, etc.), la présence de fantaisies imaginaires persistantes d’être une femme, une aversion/dégoût du pénis, un refus/dégoût d’uriner debout, etc. (APA, 2008)

Chez les femmes désirant adopter le sexe/genre masculin, cette identification peut se manifester par : une préférence pour les vêtements/rôles sociaux masculins, un désir d’être traité ou reconnu comme un homme, un désir de vouloir se débarrasser des caractéristiques sexuelles féminines (menstruations, bander les seins, porter une prothèse en forme de pénis, etc.), la présence de fantaisies imaginaires persistantes d’être un homme, un désir d’avoir un pénis, un désir d’uriner debout, etc. (APA, 2008)

Notons que les personnes transsexuelles ont un sentiment persistant d'inconfort par rapport à leur sexe/genre ou un sentiment d'inadéquation par rapport à l'identité de rôle correspondante. Ce sentiment d’inconfort n’est pas passager ou circonstanciel, et il est à l'origine d'une souffrance significative. Ainsi, pour la plupart des personnes vivant avec ce sentiment, la transition n’apparaît pas comme un choix ou comme un caprice, mais comme une nécessité.

La transsexualité : le parcours de la transition
La transition peut se commencer durant la pré- adolescence, à l’adolescence ou à l’âge adulte. Sans rentrer dans l’ensemble des détails, voici, en résumé, les différentes étapes de la transition. Toute transition commence d’abord par une transition sociale (le « coming-out »). Cette première étape consiste à expliquer aux amis, parents, collègues de travail, qu’un processus de transition vers l’autre sexe/genre sera enclenché. Cette première étape peut être très angoissante pour certaines personnes. Elle peut être accompagnée de pertes importantes (perte du conjoint, du travail, d’amis, etc.) ou encore de gains significatifs (nouveaux amis, meilleure acceptation de soi, etc.). Or, il faut se rappeler qu’il y a autant d’expériences de vie que de personnes transsexuelles, on ne peut donc pas postuler un parcours unique lors de cette première étape de la transition.

Les étapes suivantes sont davantage administratives et médicales. La personne désirant effectuer une transition doit (1) changer son nom et la mention du sexe au civil; (2) commencer une prise d’hormones afin d’acquérir les caractéristiques sexuelles secondaires du sexe/genre désiré; (3) faire, au besoin, certaines opérations afin d’acquérir les caractéristiques physiques du sexe/genre désiré. Afin d’entamer ces différentes étapes, deux professionnels de la santé (psychologues, sexologues, etc.) devront valider que la personne est prête à entreprendre un processus de transition.

Le changement de nom au civil est relativement simple à effectuer, il suffit d’envoyer la demande au directeur de l’état civil. La prise d’hormones nécessite que la personne soit suivie par un endocrinologue pouvant ajuster les doses au fur et à mesure de la transition. Le changement de la mention du sexe, quant à lui, nécessite de faire certaines opérations au préalable. Les femmes désirant adopter le sexe/genre masculin doivent se faire enlever l’utérus (hystérectomie), et les hommes désirant adopter le sexe/genre féminin doivent se faire opérer les organes génitaux pour en faire un vagin (vaginoplastie).

Outre ces opérations obligatoires afin d’effectuer légalement le changement de la mention du sexe, certaines procédures médicales et esthétiques peuvent également être effectuées. Les femmes désirant adopter le sexe/genre masculin peuvent se faire enlever les seins (double mastectomie) et opérer les organes génitaux pour en faire des organes mâles (phalloplastie ou métaoidioplastie). Les hommes désirant adopter le sexe/genre féminin peuvent, quant à elles, avoir des chirurgies esthétiques visant à enlever la barbe, à avoir des implants mammaires, ou encore à se faire enlever la pomme d’Adam.

Notons que les frais reliés au traitement hormonal, ainsi que ceux reliés à la vaginoplastie, la double mastectomie et la phalloplastie ou métaoidioplastie sont couverts par l’Assurance maladie du Québec depuis 2009.

Ressources pour les transsexuel(le)s ou en questionnement
En terminant, voici trois ressources spécialisées, qui visent à offrir un support médical et professionnel aux jeunes transsexuel(le)s ou en questionnement.

La clinique médicale Head & Hands est affiliée à l’Université McGill et offre des services médicaux aux jeunes entre 12 et 25 ans.
http://headandhands.ca/
514-481-0277

L’ASTT(e) offre du soutien professionnel et des discussions hebdomadaires.
http://cactusmontreal.org/fr/astteq.html
514 847-0067 poste 207

L’ATQ offre du soutien professionnel par le biais d’une ligne d’écoute et des discussions hebdomadaires.
http://www.atq1980.org/
Administration : 514-591-9038
Ligne d’écoute et de références : 514-254-9038

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