vendredi 30 mars 2012

Des profs et des démystifications: résultats préliminaires d’une recherche

La genèse : petite tranche de vie

En juin 1996, après un dernier examen final, je quitte enfin mon école secondaire sherbrookoise après des années de joies, de folies et d’apprentissages passionnants, mais aussi d’intimidation et d’agressions homophobes. Au bout de la rue, en me retournant une dernière fois, je hurle ma colère et ma frustration. Je ne désirais alors qu’une chose : aller au cégep et ne plus entendre le mot « fif » de ma vie, mettre mes questionnements sur mon orientation sexuelle et tutti quanti derrière moi et ne plus y penser ni y faire face. Pourtant, dix ans et un coming out plus tard, je viens travailler à Québec pour l’organisme MIELS-Québec où je supervise le programme destiné... aux hommes gais, bisexuels et en questionnement! Quand on chasse le naturel... C’est le passage du temps, des amours et les expériences positives vécues dans la communauté gaie qui m’ont donné l’envie de transformer mes anciennes souffrances en action aux retombées positives. En 2008, je m’inscris à l’Université Laval à la maîtrise en service social et, sans grande surprise, j’arrête mon choix de sujet de recherche sur la prévention de l’homophobie et de l’hétérosexisme à l’école secondaire. Mes deux années d’expérience dans un organisme communautaire m’ont donné l’envie d’élaborer un projet qui sera utile et qui n’ira pas simplement s’empoussiérer sur les tablettes d’une bibliothèque. Alors, lorsque la possibilité de m’associer avec le GRIS-Québec se présente, je saute (de joie) sur l’occasion. À la suggestion de Kévin (ancien intervenant aux services d’information et de sensibilisation du GRIS-Québec) et d’André (directeur général du GRIS-Québec), j’oriente ma recherche sur les besoins et les perceptions qu’ont les enseignantes et enseignants qui ont reçu une démystification dans leur classe. Je suis prêt!

La méthodologie en bref

Pour réaliser cette recherche, j'ai eu un entretien avec dix personnes enseignantes qui ont reçu une démystification dans leur classe au cours des dernières années. Tous et toutes travaillent sur le territoire desservi par le GRIS-Québec. Plus précisément, il s’agit de sept femmes et trois hommes âgés de 28 à 59 ans. Sept personnes enseignent dans des écoles publiques, deux autres, dans des écoles privées et une, dans un centre de formation professionnelle. La plupart ont des élèves en secondaire quatre ou cinq. Les entrevues avec ces dix répondants ont eu lieu entre les mois d’août et de décembre 2010.

Réalisées dans les écoles et les milieux jeunesse de la région de la Capitale-Nationale, les démystifications du GRIS-Québec sont réalisées sous forme de témoignages par des bénévoles spécialement formés pour répondre aux questions sur l’homosexualité et la bisexualité. Cette méthode pédagogique permet de créer un dialogue avec les personnes rencontrées sur la question des orientations sexuelles et de favoriser chez elles une prise de conscience à l’égard des préjugés et des comportements homophobes dans leur milieu. Par cette approche, l’organisme désire également offrir un soutien à ceux qui vivent difficilement leur orientation sexuelle en les informant des ressources offertes dans leur région.

Résultats préliminaires

Il est possible de faire certains constats en ce qui a trait à la perception et aux besoins du personnel scolaire interrogé. D’abord, par rapport aux perceptions, les répondants remarquent que les personnes (élèves ou collègues) non conformes au genre sont stigmatisées ou présumées homosexuelles. Comme d’autres recherches l’ont montré, l’utilisation des mots « fif » et « tapette » est omniprésente chez les jeunes et les enseignants mettent beaucoup d’énergie à freiner l’utilisation de ce vocabulaire que les jeunes ne perçoivent pas toujours comme homophobe. D’après eux, certains jeunes garçons éprouvent parfois un dégoût exagéré envers la sodomie qu’ils généralisent à toute relation affective et sexuelle entre hommes. Il n’y a pas de consensus chez les personnes interrogées sur l’âge idéal pour recevoir un atelier. Les jeunes de 12-15 ans sont considérés trop immatures par certaines, alors que d’autres croient que c’est à cet âge que l’atelier est le plus pertinent. Tous les répondants considèrent comme primordiale l’égalité juridique et sociale entre les hétérosexuels et les homosexuels. Cependant, la visibilité à travers les événements « gais » (ex. Parade, Jeux olympiques) et la non-conformité au genre (ex. homme « efféminé », femme « Tomboy ») suscitent des malaises chez certains répondants.

Toujours selon les enseignantes et enseignants, les jeunes LGB seraient de mieux en mieux acceptés dans les milieux scolaires même s’il reste encore de l’intimidation homophobe. Les parents (et la société) sont parfois pointés du doigt, car ils ont un rôle à jouer dans la prévention. En ce sens, quelques répondants semblent atteindre un point de saturation par rapport à la culpabilisation de type « L’école/les profs ne font rien ». Les enseignants LGB, selon ce que rapportent les répondants, ne dévoilent pas leur homosexualité aux élèves au nom de la vie privée et par peur de la moquerie. Leur orientation sexuelle n’est pourtant souvent qu’un secret de Polichinelle. Enfin, l’action communautaire est cruciale, car elle remplit l’espace laissé vacant par le curriculum scolaire et l'absence de prévention spécifiquement dédiée à l’homophobie. Certaines personnes notent au passage le manque de visibilité du GRIS-Québec. Maintenant que l’on comprend mieux qu’elles sont les perceptions qu’entretiennent les enseignantes et enseignants, regardons leurs besoins en lien avec la prévention de l'homophobie et de l’hétérosexisme dans leur milieu. Les enseignants affirment en général être satisfaits, voire parfaitement satisfaits des ateliers. Le GRIS-Québec comble leurs besoins de préparation avant la venue en classe. Aussi, les enseignants semblent généralement à la recherche de modèles (bénévoles) masculins et féminins conformes aux stéréotypes du genre. Les bénévoles « efféminés » ou « Tomboy » sont acceptés s’ils dégagent beaucoup de confiance en eux. En résumé, les enseignants souhaitent que les bénévoles :

1) brisent les stéréotypes, notamment celui du gai « efféminé » ou de la lesbienne masculine;

2) rationalisent le dégoût exagéré de la sodomie généralisée à toutes les relations entre hommes;

3) parlent de manière concrète du vécu social et affectif des personnes LGB;

4) sensibilisent aux conséquences du vocabulaire homophobe;

5) abordent le thème de la séduction (homo envers hétéro) et dédramatisent un tel événement;

6) abordent l'importance des pratiques sexuelles protégées.

Vincent Chouinard

Étudiant à la maîtrise en service social et

bénévole démystificateur au GRIS-Québec

Université Laval

*****

Mission du GRIS-Québec (Groupe régional d’intervention sociale)

Promouvoir une vision positive de l’homosexualité et de la bisexualité en vue de favoriser une intégration harmonieuse des personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles dans la société. L’organisme œuvre depuis 1996.

Ateliers de démystification

Réalisées dans les écoles et les milieux jeunesse de la région de la Capitale-Nationale, les démystifications du GRIS-Québec sont réalisées sous forme de témoignages par des bénévoles spécialement formés pour répondre aux questions sur l’homosexualité et la bisexualité. Cette méthode pédagogique permet de créer un dialogue avec les personnes rencontrées sur la question des orientations sexuelles et de favoriser chez elles une prise de conscience à l’égard des préjugés et des comportements homophobes dans leur milieu. Par cette approche, nous désirons également offrir un soutien à ceux qui vivent difficilement leur orientation sexuelle en les informant des ressources offertes dans leur région.

Les démystifications 2010-2011

Bénévoles impliqués 42

Heures de bénévolat +/- 1392

Milieux d’intervention visités 64

Ateliers de démystification réalisés 232

Personnes rencontrées (25 personnes / atelier) +/- 5800

Conférences adaptées

Les conférences adaptées sont offertes dans les établissements postsecondaires et les milieux de pratique afin de sensibiliser et d’outiller les futurs intervenants et enseignants, ou ceux oeuvrant déjà sur le marché du travail, aux réalités homosexuelles et bisexuelles et à l’intervention auprès des jeunes lesbiennes, gais et bisexuels.

Kiosques d’information

Le GRIS-Québec se déplace dans les différentes commissions scolaires et les établissements postsecondaires de la région afin de présenter sa mission et ses services, en plus de profiter de l’occasion pour sensibiliser la population aux réalités homosexuelles et bisexuelles.

L’Accès

Depuis septembre 2004, L’accès est un milieu de vie pour les jeunes gais, lesbiennes, bisexuels ou en questionnement et leurs amis âgés de 14 à 25 ans. C’est un milieu ouvert le mercredi, jeudi et vendredi soir où les jeunes peuvent partager leur vécu. L’accès offre diverses activités à caractère communautaire, culturel et sportif. Nous y offrons aussi des services d’aide et de références aux jeunes vivant certaines difficultés en lien ou non avec leur orientation sexuelle. Au cours de l’année 2010-2011, 52 nouveaux jeunes se sont joints au milieu de vie pour un total de 1001 personnes.

Programme Jumelage

Mis en place au cours des derniers mois, le programme Jumelage a pour objectif de donner aux jeunes LGB âgés de 14 à 25 ans la possibilité d’être accompagnés dans ce qu’ils vivent plus difficilement ou dans leurs questionnements, en lien avec leur orientation sexuelle. Ce sont des pairs bénévoles, dûment formés par notre organisme, qui jouent le rôle d’accompagnateurs.

L’Accès-Parents

Lorsque les adolescents ou les jeunes adultes décident de dévoiler (et non avouer; avouer quelque chose réfère à un crime) leur homosexualité, leur bisexualité ou leur questionnement face à leur orientation sexuelle, la période qui suit soulève plusieurs interrogations et de l’incertitude pour les parents. L’Accès-Parents les accompagne dans le processus d’acceptation de l’homosexualité ou de la bisexualité de leur jeune. Ce service a pour but de briser l’isolement, de partager ce qui est vécu, de permettre d’exprimer les craintes et les questionnements en rapport avec le dévoilement de son enfant. Il offre aussi l’opportunité de s’informer sur les réalités homosexuelles et bisexuelles.


Intervention téléphonique

Le rayonnement de l’organisme se fait sentir de bien des façons, notamment quand des professionnels de l’éducation, de la santé et des services sociaux, des parents ou des jeunes, à la recherche de référence, d’informations diverses ou parce qu’ils veulent se confier à quelqu’un qui saura les entendre, font appel à nous par le biais du téléphone. S’il s’agit d’une manière de préserver leur anonymat pour certains, le téléphone est aussi pour d’autres une façon de pouvoir obtenir rapidement des réponses à des questions qui concerne la diversité sexuelle, quelques fois dans des contextes d’isolement ou de détresse. Bien que nous n’ayons pas de ligne d’écoute à proprement parler, les appels de demandes de soutien sont nombreux.

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