vendredi 18 février 2011

L'homosexualité en Afrique

Voici un court article suivi d'un entretien que Fabien M., un de nos v.-p. aux activités, a fait pour nous parler de la réalité homosexuelle en Afrique. Un sujet malheureusement méconnu qui mérite qu'on s'y intéresse. N'hésitez pas à réagir sur le sujet en nous laissant un commentaire !

« L’homosexualité est une tare blanche qui ne s’applique pas aux Africains », assure le président du Zimbabwe, Robert Mugabe. « L’union de deux personnes du même sexe ne fait pas non plus partie de la culture africaine : cela déshonore la communauté, les ancêtres et néglige la procréation. Ce n’est pas bien, ce n’est pas africain.», affirme Moss Nthlha, co-président d’une confession religieuse. L’ancien président nigérian Olusegun présente l’homosexualité comme « anti-africaine ».

Ce petit florilège de citations illustre que dans l’imaginaire des sociétés africaines, l’homosexualité n’existe pas et s’il se manifeste, c’est une « perversion » dérivée des colons, les Occidentaux. Cette perception s’inscrit dans une logique historique. L’absence d’études relatives à la construction sociale de la sexualité dans cette région du monde est due à l’influence du christianisme en raison de son caractère tabou. La question n’a été soulevée qu’à travers le prisme moral des missionnaires, premiers anthropologues occidentaux, jugeant plutôt qu’analysant en rapport avec les insatisfactions qu’ils éprouvaient vis-à-vis de leur société occidentale. Leur discours sociocentriste va conduire à écarter l’homosexualité dès le 18ème siècle de l’Afrique.

Pour autant, en étudiant les ethnies et leurs langues, cette affirmation est parfaitement erronée et des comportements homosexuels peuvent être retrouvés et acceptés dans certaines structures tribales avant la colonisation. Toutefois, cette idée s’est imposée dans l’imaginaire collectif et le regard porté sur l’homosexualité est biaisé par cette contre-vérité. De ce fait, la situation des homosexuels, de nos jours, est confrontée à cette réalité. Pénalisés, criminalisés, risquant dans certains cas la peine de mort, ils sont également instrumentalisés par des dictatures en recherche de légitimité.

Charles Gueboguo, sociologue camerounais, a décidé de s’intéresser à cette question et apparaît comme un des très rares spécialistes sur le sujet. Il a répondu à quelques questions :

1. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à la question homosexuelle ?
La curiosité. Le métier du sociologue c’est de voir, d’espionner, d’interroger, de questionner. En tant que sociologue, je suis interpellé par tout ce qui se passe autour de moi. La curiosité m’a donc poussée à remarquer que de plus en plus le fait homosexuel au Cameroun se visibilisait alors qu’il restait interdit à la fois par la législation en vigueur et les rigidités hétéronormatives sociales.

2. Comment a été perçue votre démarche sur un sujet-ô combien- tabou ? Que ce soit par le public, le milieu universitaire …. ?

Au départ, personne n’y croyait. Même pas mes proche. Après le public et certains membres du milieu universitaire m’ont taxé d’idéologue de l’homosexualité. Bref je suis aujourd’hui marginalisé à cause de mon objet d’étude qui est marginal. Très vite dans les imaginaires on confond le sujet avec son objet d’étude, surtout pour des thématiques aussi sensibles que celles de sexualités.

3. A-t-il été difficile d’effectuer des recherches sur cette question qui n’avait pas été vraiment traitée auparavant ?

Oui, il a fallu que je me montre patte blanche auprès des répondants, c’est-à-dire que je démontre que je ne suis pas là pour les dénoncer à la police ou alors les traiter comme des bêtes de foires. Cela a pris prêt de 4 ans pour convaincre le peu qui a accepté de répondre, soit 81 enquêtés, à mes questions.

4. Comment l’homosexualité est-elle vécue en Afrique contemporaine ?

De manière générale, elle est mal vécue par les Alter mais aussi par les personnes concernées. Il s’agit d’une vraie souffrance chez les uns comme chez les autres, car ils ne comprennent pas l’autre qui apparaît comme étrange-étranger, et l’autre ne comprend pas pourquoi il est rejeté alors qu’il dit n’avoir pas fait le choix de son orientation sexuelle. C’est donc un dilemme vécu d’un côté comme de l’autre.

5. Les mouvements associatifs ont-ils une visibilité ?

Oui, plus que jamais. Depuis mai 2007 une branche régionale africaine de l’ILGA (International Lesbian and Gay Association) a vu le jour. Elle fédère par moins de 20 associations LGBTI africaines. Il y a aussi la Coalition Africaine des Lesbiennes (CAL) qui existe depuis de nombreuses années. Tous ces groupes sont basés en Afrique du Sud. Mais la plupart des mouvements locaux pour des mesures de sécurité avance sous la houlette de la lutte contre le sida, droits de l’Homme ou de l’égalité de genre. Mais il existe des cas comme au Kenya, au Cameroun, en Namibie, en Afrique du Sud ou encore au Botswana où les associations se labellisent elles-mêmes comme association LGBTI.

6. Comment expliquez-vous cette homophobie latente que l’on retrouve en Afrique subsaharienne ?
On ne pourrait pas l’expliquer en un mot, et je pense même qu’il faut se poser la question de savoir s’il s’agit d’homophobie dans son sens étymologique ou tout simplement de sentiment anti-homosexuel qui naît de quelque chose que la société ne comprend pas, ne veut pas comprendre et ne peut pas comprendre. Mais pour revenir à votre question, évoquons entre autres, la confusion dans les imaginaires sociaux entre homosexualité et sorcellerie ; homosexualité et efféminement ce qui est un sacrilège dans ces sociétés africaines en majorité phallocratique ; enfin homosexualité et pédophilie. Un grand travail d’explication de concept reste donc encore à faire.

7. Comment parvenir à une meilleure acceptation de l’homosexualité en tant qu’identité ?
C’est une construction qui selon les individus ira plus vite ou moins vite. Mais l’environnement social va aussi jouer un rôle déterminant. Enfin je pense la socialisation que l’on reçoit devrait mettre un accent sur l’acceptation des différences pour une meilleure cohésion sociale. Mais tout cela reste des pistes, on ne peut pas poser des prêt-à-fonctionner car cela dépend vraiment beaucoup des personnes et des milieux sociaux de production.

8. Vous êtes camerounais. En 2007, la presse locale a « outé » des personnes publiques. Qu’en avez-vous pensé ?
Il s’agit d’une manipulation, d’une instrumentalisation des populations qui ne veut pas dire son nom. Mais son mérite est d’avoir mis la question de l’homosexualité au grand jour, même si ce fut de façon tragique pour certaines familles. Comme quoi pour parvenir à un certain ordre, les sociétés passent aussi par le désordre.

mardi 8 février 2011

Les personnificateurs féminins/Drag-queen dans "Francs-tireurs"

Aujourd'hui, nous vous proposons un extrait de l'émission 335 des Francs-Tireurs.
Retrouvez Claude Barabé, alias Réglisse, Michel Dorion et François Dagenais dans un entretien avec Patrick Lagacé en mode drag queen.

Une excellente émission qui lève les préjugés dont sont victimes les personnificateurs féminins au sein même de la « communauté gaie ».






La version complète est accessible sur Télé-Québec: http://video.telequebec.tv/video/6404


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